October 18, 2017

Toulon : les engagements passés (et futurs) au crible.

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Écrit par  Romain Alcaraz mercredi 5 février 2014 09:02

Urbanisme. En 2006, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) signait une convention de rénovation du centre ancien de Toulon. Une association tire le bilan – peu flatteur – de l’opération.

Toulon@venir le regrette, et le dit : l’opération de rénovation urbaine du centre ancien de Toulon est un échec. Voilà le bilan que tire l’association citoyenne toulonnaise de la convention passée avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru). C’était en 2006, et cela devait se terminer en 2011. « Même avec trois ans de retard, les réalisations sont bien loin des promesses », assène Valentin Giès, président de Toulon@venir. Il ne s’arrête pas en si bon chemin puisque, parlant de l’opération « Toulon vous accueille », qui complète dans un avenant à la convention initiale l’opération de rénovation, le militant associatif se dit « inquiet, tant sur le plan juridique que financier ». Un projet d’ampleur qui comprend la rénovation de plusieurs lieux-clefs de la ville.

A l’encontre de la municipalité (UMP), c’est un réquisitoire. On pouvait s’attendre à ce qu’elle réagisse, défende son projet-phare, réponde aux attaques. A l’inverse, Hélène Audibert, adjointe à la politique de la Ville, préfère ne pas s’étendre : « L’association qui vous a communiqué ce bilan est une association politicienne, et nous ne répondrons pas à ce genre de propos. » Une municipalité qui refuse de débattre en période électorale, c’est déjà singulier. Mais qu’en plus, la municipalité en question, s’en serve d’argumentaire, c’est carrément surprenant : « C’est une période particulière avec les élections municipales qui arrivent. Et nous ne répondrons pas aux attaques de Toulon@venir. » Avant de raccrocher, l’élue toulonnaise nous dira tout juste que « pour ce qui est de la convention Anru, nous avons tenu le cap ». Puisqu’on n’aura que cette affirmation comme seule réponse à nos questions, il s’agira de vérifier si le cap est effectivement tenu.

Quand la Ville vend au privé son foncier public…

En 2006, la convention liait les acteurs de la rénovation du centre ancien de Toulon sur la création d’environ 1200 logements (sociaux, étudiants, et locatifs), ainsi que de nombreux équipements publics (Pôle santé, crèche de 50 places…). Huit ans plus tard, « la majorité des équipements publics a été abandonnée par un avenant à la convention, le reste n’est pas réalisé ». « Une micro-crèche de 9 places est effectivement réalisée, et l’îlot Baudin n’offrira que 103 logements étudiants et 43 logements sociaux », soupire Valentin Giès.

Vient alors « Toulon vous accueille », le programme qui complète le projet et voté en janvier 2013. Celui-ci présente, toujours selon l’association, des défauts majeurs, que la mairie a donc refusé d’évoquer. « Plusieurs opérations prévues s’apparentent à de la promotion immobilière, ce qui ne semble pas compatible avec la forme juridique de la société choisie pour réaliser les travaux. » A la Bourse du travail par exemple, il s’agit de l’implantation d’un commerce (Monoprix, puisque le maire Hubert Falco l’a lui-même indiqué). Aux Halles, ou à l’Ancien Evêché, là encore, « une opération commerciale et de l’hôtellerie-restauration ».

Sur ces réalisations, le conseil municipal prévoit un coût plus élevé que la revente. « Nous ne sommes pas contre le fait de faire du déficit. Une crèche, une médiathèque, c’est forcément déficitaire. Mais dans ce cas-là, on prend du foncier qui appartient à la Ville pour le vendre à des opérateurs privés. Et c’est au contribuable de payer les cadeaux faits aux entreprises… »

Bétonnage d’une partie du parc des Lices

Toujours dans le projet figure l’implantation de 14 000 mètres carrés de logements sur… le parc des Lices. Il faut reconnaître que la construction ne se fera pas exclusivement sur les espaces boisés : d’anciens bâtiments de la mairie doivent y être détruits. « Il s’agit tout de même de construire en partie sur l’un des seuls poumons verts de la ville, et cela supprime un tiers du parc », retient Valentin Giès. « Nous voulons une clarification d’urgence. » C’est sans compter sur le silence d’une municipalité (trop ?) sûre de sa force qui refuse le débat. « La campagne des municipales devrait être l’occasion de mener des discussion sur le futur de la ville, sur son évolution », poursuit Toulon@venir.

Une occasion dont ne s’est pas saisie la Ville, préférant répondre que « le projet sera présenté plus tard ». C’est pourtant avant qu’il ne soit trop tard que l’association souhaite agir.

Romain Alcaraz  Dernière modification le mercredi, 05 février 2014 10:52

Éclairage d’un spécialiste

Jean-Pierre Camilleri est urbaniste. Nous avons fait appel à lui pour comprendre certains arguments de Toulon@venir. Notamment lorsqu’il est reproché à la mairie de Toulon de ne pas avoir eu recours aux Zones d’aménagement différé (ZAD).
« Les ZAD ont été créées dans un but anti-spéculatif, afin d’éviter que des terrains nécessaires à la réalisation d’un projet d’aménagement public soient renchéris lors de l’annonce de ce projet. La ZAD est un secteur géographique où une collectivité locale, un établissement public y ayant vocation ou une Société d’économie mixte (SEM) titulaire d’une convention d’aménagement dispose d’un droit de préemption sur toutes les ventes et cessions à titre onéreux de biens immobiliers ou de droits sociaux. Ce qui répond à sa destination d’éviter la spéculation sur ce secteur. La ZAD est donc un outil efficace de gestion à moyen terme des sols sur lesquels une opération à caractère publique est envisagée. » Sans la réponse de la mairie, difficile toutefois de savoir si Toulon a mis en place un tel outil, et quelles sont les raisons qui ont dicté le choix si la ZAD n’a pas été retenue.
Quant à l’option de la Société publique locale d’aménagement Méditerranée (SPLM), société qui ne compte que deux administrateurs toulonnais contre 8 de La Valette, Jean-Pierre Camilleri parle d’entreprises publiques locales dont la principale force est « la connaissance du territoire dans lequel elles sont enracinées ». « Elles apportent des solutions adaptées aux enjeux locaux, privilégient les ressources locales, créent des emplois de proximité durables et sont des entreprises indélocalisables », poursuit le spécialiste. Le défaut principal que retient Toulon@venir, c’est son champs d’action : « Une SPLA doit aménager une partie de ville. Or, là, avec un projet au centre ancien, aux Lices, et ailleurs (Cap Brun…), ce n’est pas le cas. »
Propos recueillis par R.A.