September 21, 2018

Premières impressions sur le SCoT 2

Voici les premières impressions de Toulon @ Venir sur le projet du nouveau Schéma de Cohérence Territoriale.

Le document diffusé le 7 novembre 2017 à La Londe, lors de la réunion publique de concertation sur le projet de SCOT révisé, comme dans les réunions similaires tenues dans les autres intercommunalités du SCoT Provence Méditerranée, est constitué de 38 pages chacune sous forme de diapo.

Parmi les 11 premières pages, deux sont utiles, la 2 qui affiche le plan du territoire concerné, et la 7 qui rappelle les quatre objectifs de la trame PADD proposée en 2016 pour le SCoT 2. Le reste est du remplissage.

L’objectif 1 (diapos 12 à 17), initialement appelé « Encadrer et structurer le développement pour ménager le territoire », ce qui tendrait à indiquer que le dit territoire a déjà été largement fatigué par des politiques publiques de laisser-faire, sur lesquelles il va falloir revenir, se réduit assez vite à seulement « Encadrer et structurer le développement », ce qui est beaucoup moins signifiant. Il se décline en 1.1 « Préserver et valoriser le capital naturel, écologique et agricole » et 1.2 « Organiser et maîtriser le développement ».
Pour le 1.1, trois cartes sont alors présentées, montrant le « réseau vert, bleu et jaune » du SCoT 1 puis ses possibles évolutions pour le SCoT 2. Rappel Bleu = zone humide, Vert = zone naturelle, Jaune = zone agricole. Ces cartes peu lisibles ne permettent pas d’interpréter les éventuelles évolutions.
Les « pistes d’orientation » correspondant à l’objectif n°1.2 sont énoncées en termes de population et de consommation d’espace, sans que l’on saisisse clairement s’il s’agit d’un objectif à atteindre ou d’une limite à ne pas dépasser :
d’ici 2030, accueil de 30 000 habitants soit +2 500/an ce qui revient à une quasi-stagnation pour un ensemble de 570 000 habitants, et création de 12 000 emplois soit +1 000/an,
en consommant 1,4 fois moins d’espace que la tendance 2003/2014 (ceci reste à expliciter : s’agit-il de l’espace alors consommé en général ou de l’espace consommé pour une croissance équivalente de la population et des emplois ?)
Quant à la méthode proposée pour atteindre ces objectifs, elle consiste à faire inclure dans les documents d’urbanisme (auxquels s’imposera le SCoT) des « enveloppes urbanisées » où seraient concentrées les opérations de renouvellement urbain, et des « enveloppes urbanisables » qui seraient délimitées (ou limitées ?). Pourquoi pas, mais on n’en apprend pas plus.

Entre d’une part un objectif qui se décline en deux sous-objectifs et débouche sur des pistes d’orientation qui se transforment elles-mêmes en objectifs de développement et d’autre part des têtes de chapitres où le développement doit être tantôt encadré et structuré et tantôt organisé et maîtrisé, le lecteur perd rapidement le fil de la pensée du rédacteur, si tant est qu’il y en ait eu un.

L’objectif 2 (diapos 18 à 28), le plus fourni du document, s’intitule « Afficher les axes de développement de l’aire toulonnaise ». Il se décline en quatre sous-objectifs : 2.1 « Poursuivre l’affirmation de l’ambition métropolitaine », 2.2 Localiser le développement économique », 2.3 « Répondre aux besoins en logements » et 2.4 « Poursuivre le développement des alternatives à l’usage individuel de l’automobile ».
“Afficher’’ et “affirmer’’ semblent effectivement être les mots clés de cette partie, ce qui vient naturellement confirmer qu’il s’agit plus de communication que de définition d’une politique, et que ne dément pas le verbe “poursuivre’’ utilisé pour le 2.1 et le 2.4 : implicitement cela signifie que tout va bien, et qu’il suffit de continuer comme avant. Pourquoi pas ? peut-on dire à nouveau, mais à condition que soient explicités les résultats de la politique précédente à l’issue du SCoT 1. Or ceci n’est pas fait (en tous cas pas dans ce document), pas plus pour l’économie que pour l’enseignement supérieur et la recherche, pour les équipements “structurants’’ ou pour la “grande accessibilité’’ (objectif 2.1) et encore moins pour les alternatives à l’usage individuel de l’automobile (objectif 2.4). On veut poursuivre, mais à partir d’où et pour aller où ?
Ce n’est que dans l’objectif 2.2 consacré à la localisation du développement économique et dans l’objectif 2.3 consacré au logement que l’on trouve l’embryon d’une stratégie volontariste tournée vers la résolution des problèmes ou la réponse aux besoins.
Concernant le 2.4, qui devrait être le coeur de toute stratégie territoriale, la question centrale du TCSP de Toulon et des communes adjacentes, c’est-à-dire de la partie la plus dense du SCoT, est noyée (8 lignes sur 6 diapos !) dans un ensemble de vœux où l’on trouve aussi bien le covoiturage, la marche à pieds, le réseau autoroutier que le vélo, le « RER toulonnais » ou les cars interurbains. Bien sûr ces modes de déplacement méritent d’être évoqués, et de donner lieu à l’expression d’une volonté de développement. Mais l’absence de hiérarchie dans la présentation, et le fait de n’indiquer aucune priorité, nous semblent montrer que pour les porteurs de ce projet tout se vaut, et qu’ils n’ont pas la vision de ce qui va structurer pour des décennies l’avenir de notre territoire.

L’objectif 3 (diapos 29 à 31), s’intitule « Promouvoir un cadre de vie de qualité et développer une politique énergie / climat ». Deux sous-objectifs : 3.1 « Poursuivre l’amélioration du cadre de vie » et 3.2 « Répondre au défi de la transition énergétique et de la réduction des gaz à effet de serre ». Dans le 3.1, il s’agit essentiellement d’améliorer (“Tout va bien’’), à l’exception peut-être du dernier alinéa « Diminuer l’exposition aux nuisances et aux pollutions » où l’on perçoit comme le début d’un aveu, mais sans analyse des causes.
Quant au 3.2 sur l’énergie et le climat, la pauvreté des pistes présentées nous paraît affligeante, d’autant plus que ces pistes sont précédées de la demande « d’accroître la connaissance », ce qui en principe ne mange pas de pain, mais nous inquiète du fait que c’est l’argument préféré des négationnistes en matière de réchauffement climatique (“nous n’avons pas assez de données pour prendre une décision’’). Triste justification pour une quasi inaction.

Enfin l’objectif 4 (diapos 32 à 34) consiste à « Planifier le développement en tenant compte des risques et en assurant un usage durable des ressources naturelles ». Le premier mot de cet objectif pourrait nous réconcilier avec la démarche du SCoT : planifier, quoi de plus intelligent en effet quand on trace des orientations pour l’avenir d’un territoire. Mais on déchante vite, car il ne s’agit ici que de prendre en compte les risques (ce qui en général est d’ailleurs prescrit par la loi), ou d’assurer la bonne gestion des ressources du territoire (le texte ne peut quand même pas faire la promotion de la mauvaise gestion …). Bref, un objectif totalement creux, à ce qu’il nous paraît, et dénotant surtout, à notre avis, le désir de se débarrasser rapidement d’un chapitre obligatoire, même en proposant des perspectives futiles à la réflexion de la population.

A l’analyse de ces modestes “orientations’’ envisagées pour le prochain Schéma de Cohérence Territoriale, Toulon@Venir ne peut qu’encourager les citoyens de l’ensemble des communes du SCoT Provence Méditerranée à faire entendre leur voix, lors d’éventuelles futures réunions et sur les registres ouverts au siège des intercommunalités, pour dire leur désir de participer à la construction d’une métropole juste, fraternelle, durable et dynamique, au lieu d’être les simples “usagers’’ d’un territoire figé dans ses conservatismes et ses égoïsmes.