May 25, 2019

Avis sur le dossier, mis à disposition du public, sur la modification simplifiée n° 4 du Plan Local d’Urbanisme de la commune de Toulon.

Après avoir pris connaissance du projet de modification du Zonage et de remplacement de l’orientation d’aménagement précédente, par un plan de masse définissant l’emprise et la hauteur d’un parking de deux niveaux, nous souhaitons vous faire part des remarques suivantes :

https://toulon.fr/toulon-pratique/article/plan-local-d-urbanisme

1/ Prise en compte du paysage urbain et de ses perspectives

Nous nous souvenons d’un ancien attachement de nos élus à l’ouverture des perspectives maritimes aux habitants et sommes décontenancés par le projet qui fera un écran de plus de 160 m de long pour les passants de l’Avenue de l’Infanterie de Marine en direction du port.

Cette perspective sur le port historique en direction de l’ouest a été immortalisée en son temps par Joseph Vernet :

Il nous semble effectivement fort regrettable que l’impact paysager du projet, de privation de vue vers la mer, ne soit regardé en aucun point du dossier.

Il faut rappeler qu’il se situe pourtant dans l’Aire de mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine(A.V.A.P.) devenue Site Patrimonial Remarquable.

Si on se réfère à ce document, qui est une servitude en matière de paysage, à la page 10 du règlement on lit :

En toute lettres « les vues sur la Rade et le Mont Faron depuis les espaces publics seront préservées afin de maintenir des perspectives et des dégagements visuels ».

C’est rassurant mais, semble-t-il, négligé par ce projet. Ce qui transparaît du projet en dehors de la mise à disposition officielle.

Pour mieux le figurer, le site internet de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Var (C..C.I.) est précieux.  https://www.var.cci.fr/content/un-nouveau-parking-esplanade-pour-le-port-de-toulon 

La C.C.I., qui semble avoir déjà choisi le maître d’œuvre du projet, donne à voir sur son site des images comme celle-ci : 

 

Remarques :

Ce n’est pas l’ouverture de la terrasse aux badauds qui compensera la perte de perspective maritime, déjà entamée il y a quelques années par la construction du « palais du commerce et de la mer » au n° 364, pour les nombreux passants de l’Avenue de l’Infanterie de Marine.

Aucune des vues en perspective ne présente celle qui sera perçue depuis de l’avenue de l’Infanterie de Marine.

Le dossier d’information de La C.C.I. annonce :

« Pensé comme un projet d’architecture et une promenade urbaine, l’ouvrage promet de contribuer encore davantage à réouvrir le Port de Toulon et l’accès à la Rade aux Toulonnais et aux populations.

Il se fait acteur de l’interface entre le cœur de ville et ses ports, une politique chère aux instigateurs du projet, et mené en partenariat entre la C.C.I. du Var, la Métropole T.P.M. et la Ville de Toulon. »

Cette assertion paraît particulièrement cynique ou déconnectée des pratiques des usages et des parcours des habitants des quartiers environnants.

Le dossier de modification simplifiée ne mesure aucun des impacts paysagers or ils sont importants vu les dimensions de bâti autorisé : 169 m de long pour une hauteur pouvant atteindre 16, 50 m NGF.

Priver les passants de l’avenue de l’Infanterie de Marine de perspectives sur la rade n’est pas acceptable et est même contraire aux dispositions du site patrimonial remarquable.

2 /Une réflexion urbaine annoncée mais a posteriori :

Dans le dossier particulièrement mince mis à disposition du public on peut lire avec surprise, à la page 6 de la notice de présentation :

«Un concours d’architecture portant sur le périmètre allant du rond-point Bonaparte à la tour Royale devrait être prochainement lancé pour définir un projet à la hauteur du site.»

Ainsi il nous est d’abord proposé un énorme bâtiment pour parking entre l’espace public et la rade, la réflexion architecturale d’ensemble sera pour plus tard…

C’est pour le moins une démarche incohérente et qui ne se donne pas les moyens d’une vraie ambition « à la hauteur du site »Seule l’urgence de sa réalisation pourrait justifier cette incohérence manifeste, apparemment rien dans le dossier n’explicite une telle urgence.

3/ Un défaut de prise en compte de l’environnement dans les effets induits du projet :

Ce projet, outre son impact paysager, sous-tend un maintien voire un accroissement du trafic des ferries en cœur historique de ville.

Or les navires et les flux de circulation qu’ils engendrent sont une source notable de pollution.

Mais plus encore, ce projet facilite le stationnement des véhicules particuliers en cœur urbain alors que les réflexions avancées en termes de déplacements proposent de maintenir les véhicules hors des villes en créant des parkings de dissuasion desservis par des transports en commun. Le projet offre un stationnement en cœur de ville et pas uniquement pour les usagers du port.

L’aspect économique du projet n’est pas négligeable, l’actuel parking de la C.C.I. à proximité présentant le tarif le plus élevé de Toulon et l’attractivité des transports en commun de l’agglomération restant bien faible.

Il faut ici rappeler que l’agglomération toulonnaise fait partie des agglomérations françaises où la commission européenne relève que la situation reste très préoccupante avec des populations soumises à des niveaux de dioxyde d’azote (NO2) très élevés.

Ce projet ne présente aucun avantage dans la réduction attendue des émissions atmosphériques polluantes.

4/Une réflexion et une planification sur la relation VILLES/PORTS à l’échelle de la rade qui fait défaut :

Devant des propositions de projets qui se télescopent ou avortent, on ne peut que faire le constat d’un défaut de stratégie de long terme sur les aménagements maritimes et leur relation avec les villes.

Ainsi la C.C.I. propose de construire des bâtiments démontables. C’est un vrai gâchis !

Un lieu où aurait pu émerger une stratégie locale d’aménagements des infrastructures portuaires, de leur intégration aux tissus urbains, d’optimisation de la réduction des flux engendrés, de réduction des pollutions induites à l’échelle de la rade, c’est le schéma de cohérence territorial… à suivre !

5/Pour un projet partagé de mise en valeur de la rade :

Qu’y a -t-il de plus identitaire dans l’agglomération que la rade ?

Dans une société démocratique moderne on ne peut imaginer que des projets déterminants pour l’avenir de cet espace ne soient pas débattus sur la place publique.

Il faut avancer sur un projet de rade partagé respectueux de l’environnement, des paysages qui offrira des perspectives durables en termes de développements économique et urbain.

Conclusion :

Compte tenu des éléments ci-dessus nous exprimons notre opposition au projet de modification simplifiée n°4 du PLU de Toulon car il permet un équipement qui portera atteinte aux perspectives urbaines et interdira une vraie réflexion sur la relation des ports avec les villes de la rade.