
Une salve d’applaudissements : ainsi a été accueillie, hier, peu avant 16 heures, la carence d’offres aux enchères publiques de l’huilerie Saint-Antoine, dans la salle de l’office notarial de maître Philippe Bernard. La propriété du conseil général située avenue des Moulins, mise à prix à 300 000 euros, n’a pas trouvé acquéreur. Ce n’est pas la cinquantaine de citoyens, de représentants du tissu associatif local, de représentants de partis de gauche, opposés au démantèlement du patrimoine, qui s’en sont plaints. Ils s’étaient réunis massivement une heure avant la vente, devant les grilles de l’étude notariale pour s’élever contre cette nouvelle adjudication.
Aucune offre et beaucoup de questions
À la question posée, avant et après la lecture du cahier des charges par le représentant de l’étude : « Quelqu’un dans la salle va-t-il déposer un chèque de consignation (Il était fixé à 60 000 euros) pour porter les enchères ? Ndlr » Silence pour toute réponse. Celle-ci se consumant à la vitesse de la flamme de la bougie qui devait veiller au plus offrant...
Pas d’offres, mais des questions pointilleuses. Notamment celles posées par un acquéreur potentiel, souhaitant conserver l’anonymat, et livré à ses calculs... À sa sortie, il considérait déjà « la mise de fond bien trop importante ». Il demeurait très dubitatif sur la question du stationnement : un par logement sur une cour extérieure assez réduite, et en bordure de route. Sachant que « le rez-de-chaussée à usage commercial devra, pour être habitable, passer obligatoirement par un changement de destination, sanctionné par une autorisation des services de l’urbanisme de la commune », lui a-t-on confirmé. La remarque dans la salle de la zone inondable du secteur en bord du Las, pouvait laisser, aussi, à réfléchir...Mais de là à l’inciter à renoncer ? « Tout cela se calcule », lâchait l’intéressé à l’achat à la sortie de l’étude.
Que va-t-il se passer désormais ? La mine réjouie, les opposants à la vente savouraient un nouveau sursis. Sans crier pour autant victoire car la balle est toujours dans le camp du Département. « Les élus vont de nouveau se réunir », a confié, hier, Alain Ballada, directeur du patrimoine du conseil général. Rien n’a filtré, en revanche, de ce qu’il sera décidé, et quand ? Une nouvelle adjudication publique sera-t-elle à l’ordre du jour avec une nouvelle mise à prix revue encore à la baisse ? (Lire ci-dessous)
« Comprendre le message »
Valentin Gies, représentant de l’association « Toulon @venir » n’osait croire « à ce que l’on brade le patrimoine indéfiniment. » « À un moment, il faut comprendre et recevoir le message envoyé par les Toulonnais », martelait-il. « Les citoyens ne sont pas prêts à laisser filer toute la richesse historique, architecturale et culturelle de notre ville et notre région », expliquait, combative, Madeleine Brun, vice-présidente de Toulon @venir. Et les représentants des associations de réclamer, à nouveau, la tenue d’un débat « avec les représentants politiques. » Celui-là même réclamé par Michel Augier de l’association « Zus et Coutumes », et demeuré lettre morte, regrettait-il, hier.
Le sort de l’Huilerie est loin d’être scellé pour ses défenseurs. Valentin Gies met en garde :« la vente de l’huilerie Saint-Antoine, pièce maîtresse du projet de la Coulée verte (aménagement du barrage du Revest jusqu’à la mer) ouvrirait la porte à un programme immobilier, notamment sur la propriété Virilli de plusieurs hectares ». Crainte ou non avérée, les amoureux du patrimoine ne sont pas près de lâcher prise...